La Poésie Française.fr
Corps malade est un poème de veille et de fidélité, écrit au plus près d’un corps éprouvé par la douleur. Loin de toute plainte, ce texte explore la dignité silencieuse de la souffrance, là où le regard devient refuge et le souffle un lien sacré. Le corps, bien que meurtri, y conserve une splendeur intime, transfigurée par l’amour et la présence. Ce poème s’inscrit dans une poésie de l’essentiel, où la fragilité humaine ouvre sur une forme de grâce, de lumière et de paix intérieure.
Corps malade - Un poème de Hassan Yamin
Je me voue à ton corps, temple lent du martyre,
Dont la pâleur exsangue a cessé de mentir.
Mais ton regard, fanal où mon âme chavire,
M’arrache au monde vil, m’apprend encore à dire.
Qu’importe le déclin, la plaie ou le tourment,
Je serai ton appui, ton souffle, ton moment.
Il suffit d’un soupir pour que je me consacre
À chaque geste lent que ton mal rend plus sacre.
Ton corps, bien que blessé, conserve sa splendeur ;
Il rayonne une grâce aux suaves profondeurs.
Chaque frisson, chaque plainte, chaque repli
Devient l’écho sacré d’un amour qui s’abolit.
Et moi, spectateur doux de ce combat cruel,
Je recueille ta peine au seuil de l’essentiel.
Dans ce corps meurtri, j’ai vu passer l’éternel,
Un éclat… fugitif… mais d’une paix sans fiel.
Je m’agenouille alors, sans prière, sans voix,
Présent à ton silence, à ta lutte, à tes lois.
Et si l’ombre t’emporte, je serai ton veilleur,
Le témoin sans orgueil de ta dernière heure.
Mais tant que ton regard pourra chercher le mien,
Je resterai ton fils… ton souffle, ton soutien.
Et je bénirai l’aube où tu seras lumière,
Revenant chaque nuit m’effleurer, douce et fière.
Dans Corps malade, la maladie n’est jamais réduite à un simple état physique. Elle devient un territoire intime, un lieu d’épreuve où l’amour se révèle dans sa forme la plus dépouillée. Le poème accompagne sans dominer, regarde sans juger, et s’installe dans une présence humble face au combat du corps. Chaque geste lent, chaque silence, chaque regard échangé devient porteur de sens. La poésie agit ici comme une veille, une manière d’être là quand les mots ordinaires ne suffisent plus. Ce texte s’inscrit dans une démarche poétique où la souffrance, loin d’abolir la beauté, en révèle la profondeur secrète.


Hassan auteur



